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Dies Irae ♣

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Tifa Lockheart



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MessageSujet: Dies Irae ♣ Lun 16 Avr - 22:48


Dessins par Sakimichan (DeviantArt)


Tandis que le mal se propageait en moi avec la facilité de l'habitude, je regardais mes hommes, apeurés et déconcertés. Pour eux, ma force je la tenais de l'entrainement et de mon sang royal mais rien n'était si simple. L'oracle m'avait mis en garde contre un danger féminin... Et c'était en tentant de l'éviter que j'en ai enlacé un autre au creux de mes bras. Un autre plus dangereux, et je ne savais pas si j'arriverais à m'en sortir... Ou au moins à ne pas entrainer mon peuple dans ma chute. Mais rien n'était moins sur.

Mon corps irradiait littéralement de puissance, et de danger. Même les plus fidèles de mes soldats me regardaient comme un monstre abominable digne de supplice. J'avais pleinement conscience de mon horreur ; et c'était ça le pire.

Mais jamais je n'aurais le temps de dire adieu à qui que ce soit. Pour moi, le temps de l'humanité était terminé, et ce à jamais. L'errance commençait à peine, au crépuscule d'une vie qui aurait pu être belle et parfaite. Mais je m'en étais détourné, pris un autre chemin, reniant mon père et mes ancêtres, brisant toutes les croyances et les bénédictions du sang de dragon qui coule au sein de mes veines. J'avais tout renié... Juste pour lutter contre l'amour divin.

Et je devais à présent en payer les conséquences. Je pris ma respiration et hurlai alors : « Il est grand temps pour nous de redéfinir la puissance du peuple d'Alajahad ! » de ma profonde voix caverneuse et résonnante.

Bon, voilà le prologue de Dies Irae. Si je le poste, c'est parce qu'on m'a demandé de le faire (hein, Little, j'te vise pas du tout du tout là !). Cependant, avec le temps que j'ai, et les RPs que je dois faire - et que j'aime faire =D - je n'ai pas toujours le temps de m'y consacrer entièrement à cette fiction. Pour le moment, elle reste un projet, un beau projet. Je posterais surement la suite sous peu ♥. Mais je doute vous publier les chapitres d'un coup d'un seul, à moins que vous ne souhaitiez attendre quatre mois à chaque fois xDDD.

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MessageSujet: Re: Dies Irae ♣ Lun 16 Avr - 22:55

Non, je ne me sens pas du tout du tout visé ! //PAN//

Bref, j'aime beaucoup le prologue Tifa. J'attends de voir la suite et d'en savoir plus sur ce projet qui à l'air très intéressant. Et ne t'inquiètes pas, on sera ce montrer patient ...

ON VEUT LA SUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIITE !!!!!!!!!!!!!!!!!! //GIGAPOTEAUDANSLATRONCHE//
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MessageSujet: Re: Dies Irae ♣ Lun 16 Avr - 23:00

Le vent fouettait mes cheveux, mais cela ne restait qu'une caresse agréable et fraiche. Le soleil de cette journée était resplendissant, presque aveuglant. Je respirais enfin. Les longues journées de corvées administratives et mondaines du château m'épuisaient, et ces promenades n'étaient que mon unique arme de Salut. Il n'y a que par elles que je jurais, et elle m'apportait une fraicheur sans pareil. Poussant un long soupir de contentement, je caressais l'encolure de mon cheval, avant de lui souffler d'accélérer l'allure.
La sensation de vitesse s'emparait alors de moi. J'aimais me laisser aller à des moments de folie pareil à celui-ci. Galoper à la seule envie du vent dans les vastes campagnes de la plaine. Au loin, quelques paysans me firent un signe de la main, auquel je répondais par un sourire. Une autre, plus proche, dans le champ voisin, m'adressa un sourire. Joueur, je m'arrêtais, allant au trot jusqu'à la bordure du pré.
_ Alors on cultive les terres ?
_ Il l'faut bien, mon S'gneur ! Sourit alors la jeune paysanne. Surement la fille du propriétaire de ces terres.
_ Je m'en doute bien, ma chère. Auriez-vous besoin d'aide ?
_ J'osais pas, Sir. Ce n'pas vr'ment habituel.
_ Ne vous inquiétez pas ! Si nous respections le protocole, vous n'auriez même pas le droit de m'adresser la parole.
En plantant mon pied fermement dans l'étrier, je descendais d'un seul geste. Fixant les rennes à la barrière du champ, je pénétrais ensuite à l'intérieur en sautant par dessus la barrière.
_ Sir, vraiment, je ne v'drais pas vous inc'mmoder, ajouta-t-elle.
_ Mais arrêtez de vous inquiéter !
Aussitôt, je saisis une des pioches et ratissais la terre.
Le travail de la terre faisait partie des choses que jamais je n'aurais du faire. Ce n'était pas vraiment de mon rang, et pourtant j'aimais faire ce genre de choses parfois. Cela me sortait de l'ambiance morose et coincé du château et de la cour. Jetant un œil plus aiguisé à la jeune fille, je remarquai les traces de fatigue qui creusaient son visage et atténuait sa beauté.
_ Votre père est à la guerre ? Demandai-je alors avec douceur.
_ Oui. Mon mari est aussi.
Encore une fois, j'assistai à la douleur qu'inspirait la guerre au peuple. Son regard s'était obscurci tandis que sa pioche se planta avec plus de force dans le sol. J'aurais voulu l'aider plus, lui rendre les hommes de famille. Mais si la vie était aussi simple...
_ Combien êtes-vous à la maison ?
_ Quatre, Sir. 'Man, moi, et mes deux frères trop jeunes pou' la guerre.
_ Quel âge ont-ils ? Je plantai la pioche, brisai les mottes, préparai les raies de semence.
_ Cinq et sept, S'gneur. Y s'occupent des volailles et des cochons. Ça, y savent y faire.
Je ne posais alors plus de questions, et me contentais de briser les mottes de terre sèche. Un mois que la moindre goutte de pluie n'était pas tombée. A ce rythme-là, nos terres deviendront asséchées et arides avant même l'arrivée de la période de grand soleil. Et sans les hommes, notre peuple pourrait bien se retrouver dans une misère profonde. Nous manquions de temps pour guerroyer en permanence.
Cette fois-ci nous avions été attaqués. La fois prochaine nous attaquerons. C'était un cercle. Mon père était un homme bon mais ses conseillers fermés dans leur château d'or et d'ivoire oubliaient la souffrance du peuple en dehors des grandes murailles de pierre du château. La guerre était nécessaire. Les hommes sont des guerriers, des combattants. Mais elle ne devrait pas rester une solution systématique.
Me redressant, je poussai un long soupir en m'appuyant sur le manche couvert d'échardes et d'épines de la pioche.
_ Sir, j'vou'rais pas vous obliger à tr'vailler.
Elle me regardait de ses yeux bleus. Je lui répondis par un sourire.
_ Je ne soupirais pas pour le travail. La journée s'achève bientôt.
_ Et c'mal ? Me demanda-t-elle, sans comprendre.
La fin de la journée était pour elle la fin du travail. C'était le recommencement du mien.
_ Je préfère les heures après midi.

Après avoir fini de former les raies, planter les graines là elle se devaient de l'être, gorger d'eau de la rivière la terre des raies, je repassais encore une fois par dessus la barrière.
_ Enco' merci, S'gneur. Mais vous étiez pas obligé.
_ Je le sais. Mais ça m'a fait plaisir. Je repasserai voir comment le champ pousse.
Je lui adressai un nouveau sourire, avant de plonger la main dans la sacoche accrochée à l'encolure de mon cheval. Puis je lui donnai un pain frais en lui adressant un léger clin d'œil.
_ Pour vos frères. Il faut qu'ils soient grands et forts pour vous aider, votre mère et vous.
_ Non, c'trop... commença-t-elle, hésitante.
Mais elle avait faim, ses frères aussi, et on ne refuse pas un cadeau du prince.
_ Merci, finit-elle en se saisissant du pain rond.
Un dernier signe de tête et je remontai sur mon cheval, partant dans un dernier galop jusqu'au château. Et au loin, j'apercevais ce manège de chevaux, d'armes, de blanc, de noir et de métal. Les soldats étaient de retour, la guerre était finie.
Mais le malaise s'accentuait... Normalement, les hommes devraient chanter leur victoire, clamer leur retour, faire cliqueter les armes pour faire résonner leur force. Or tout était silencieux. Le cortège était serré, morne, lent et d'un silence de mort.

Le galop m'avait mené au château une vingtaines de minutes après le cortège. Les soldats avaient laissé l'endroit désert et regagné leur maison. Le cortège était à présent vide de monde, les chevaux n'étaient pas encore défaits de leur harnais. Les armes n'étaient pas encore à l'armurerie. Les selles, objets et victuailles n'étaient toujours rangées. Il y avait quelque chose d'anormal à cette scène. Toujours les hommes laissaient en plan tout ceci en revenant de la guerre. Les rangements s'effectuaient le lendemain. Le soir même du retour était réservé à la famille, c'était notre coutume. Mais par rapport à d'habitude, il y avait quelque chose de différent.
J'analysais plus en détail la situation. Le château était tout aussi silencieux que cette cour déserte. C'était déjà un point inhabituel. De plus, il n'y avait pas de lointaine clameur, de musique, de joie, de discussions frivoles qu'auraient permis ce retour à la paix, temporaire certes, mais notable. Et plus que tout, je reconnaissais ce cheval noir, majestueux et robuste, qui était attelé à l'immense carriole de tissus blancs et noirs qui servaient normalement à transporter les armes et les quelques victuailles. Or, à cet instant même, je remarquai que tout le matériel était entreposé sur des remorques de fortune à l'arrière des autres chevaux.
Le cheval de mon père attelait une carriole à présent vide... Je comprenais soudainement. Et je faisais galoper mon cheval à travers les cours pour rapidement le laisser à l'écurie avec les préposés avant de me mettre en courir en direction de la grande salle du château. Je redoutais ce que j'allais voir, et en même temps il fallait que je vérifie de mes propres yeux l'hypothèse que je venais juste d'émettre. J'avais le cœur serré, le souffle haletant. Tout mais pas cela.. J'étais encore un gamin, je voulais profiter de la vie, encore, et non pas me retrouver enchaîné à ce château que je méprisais.
Mon meilleur ami m'attendait devant la porte de la grande salle. Ce n'était encore qu'un ultime événement anormal. Quelque chose n'allait pas. C'était à présent plus qu'une simple intuition.
Malgré tout, voir mon meilleur ami m'a fait me sentir mieux. Ma respiration se fit moins saccadée. Mes muscles moins crispés. Il me regardait avec des yeux compatissants, prêts à m'annoncer une horrible nouvelle, digne des pires cauchemars possibles. Et ce que je supposais n'en était pas loin.
_ Il est important que tu m'écoutes, Mordan... me soupira-t-il, réellement attristé.
Je préférais ne pas répondre, le visage tendu. Je le laissais me regarder encore un instant dans le silence.
_ Il est arrivé malheur, Mordan... Mais tu dois rester fort.
Encore une fois, je préférais garder le silence. Néanmoins, je lui adressais un faible regard avant de le diriger à nouveau sur la grande porte que je m'empressais d'ouvrir, bousculant légèrement Alec au passage. Et je découvrais une horreur. J'en aurais hurlé.
La pièce qui accueillait les bals et les repas était toujours resplendissante sous les lumières du soleil. Les pierres des lustres resplendissaient, renvoyaient des dizaines de petits arcs en ciel colorés sur les murs. Le doré, le blanc, le beige, le marron s'entremêlaient aux couleurs des robes des différents nobles, créant une ribambelle de nouvelles tonalités de couleur. Mais tout ce que je voyais, c'était le noir et le gris majestueux, entachés d'un rouge encore écarlate.
Les regards se tournèrent vers moi, lentement. Certains étaient attristés, ils compatissaient avec la douleur que je ressentais ; peut-être étaient-ils une dizaine de cette espèce là... Peu de nobles de la cour n'étaient seulement capable de compassion. Une majorité attendaient ma réaction, me jugeaient sur mes actes. Et une seconde minorité me craignaient. On connaissait mes accès de colère, ainsi que mes déboires.
Lentement, pas à pas, la démarche lourde mais fière, je m'approchais du corps immobile et ensanglanté de mon père. La main de ma sœur est venue se poser sur mon bras, mais je continuais de m'avancer sans sourciller, à la même allure constante. Je ne respirais plus. Je ne vivais plus. J'étais une machine nouvelle, avançant comme un pantin parmi toutes ces personnes qui n'étaient rien d'autre que des étrangers. De vulgaires étrangers...
Je regardais le visage de mon père. On aurait dit qu'il dormait...
Un de ses plus fidèles soldats s'est alors détaché de la cohorte de nobles et s'est avancé d'un pas avant d'expliquer :
_ Nous avions déjà gagnés. Les survivants étaient déjà partis ! S'expliqua-t-il, débitant les paroles comme une litanie longtemps préparée et récitée. Nous nous croyions hors de dangers alors nous avons festoyés le soir, avant d'aller nous retirer dans nos tentes. Le matin, il avait été égorgé par un espion que nous avons rattrapé dans la forêt. Il avait été envoyés par nos ennemis pour tuer le Roi... Je suis entièrement désolé, Sir.
_ Vous n'avez pas à vous excu...
murmurais-je alors.
_ VOUS ÊTES INEXCUSABLES !! cingla la voix de ma mère, me coupant dans mon élan. Je rebaissais les yeux sur mon père. Jamais vous n'auriez du laisser le roi seul sous sa tente, c'est intolérable ! Continua-t-elle.
_ Il n'était pas seul ! Se défendit aussitôt le pauvre soldat. Quatre gardes étaient postés autour de la tente.
_ Surement avez-vous encore affectés à ce poste des idiots incapables de tenir une épée sans trembler !
_ MERE !
Hurlais-je aussitôt, avant de relever la tête vers elle, furieux. L'armée n'a rien à y voir. L'heure est au recueillement, Mère. Ne manquez pas de respect au Roi.
Elle n'avait rien à y redire, même si je lui avais brutalement manquer de respect. Jamais un Prince ne devrait parler ainsi à sa Reine. Mais voilà.. Mon père était mort. J'étais à présent déjà Roi par la loi, même si je n'avais été couronné. C'était à moi à présent de prendre les décisions.
Relevant la tête vers la cohue de nobles m'encadrant comme des vautours en cercle, buvant ma tristesse, se nourrissant avec allégresse de ma peine, se délectant de ma déchirure. Brusquement, je donnais un coup de poing sur la table de marbre avant de hurler :
_ SORTEZ TOUS ! DEHORS !
Inflexible, je les regardais tous. Ils ne bougèrent pas. Ce genre d'ordre n'avait rien d'habituel. Mais aujourd'hui, tout était inhabituel et sans fondement. Je voulais que tous disparaissent, qu'ils me laissent seul avec mon père.
_ DEHORS ! Hurlais-je à nouveau plus fort encore, ma voix résonnant contre les murs de pierre blanche.
Ils sortirent enfin. Seuls restaient ma mère, ma sœur et Alec qui s'était faufilé dans la salle.
_ Même vous, mère.
_ Excusez-moi ?
S'offusqua-t-elle aussitôt. Je viens de perdre mon mari, j'ai tous les droits pour rester ici.
_ Non, vous n'avez aucun droit,
assénais-je sèchement en tournant le regard vers elle. Vous ne faites que régir la cour et ce panier de crabes incapables d'une quelconque pitié pour personne... Parce que vous êtes comme eux. Alors maintenant, puisque en tant que fils cela ne fonctionne pas sur vos sentiments, je vous le demande en tant que Roi, sortez d'ici, Mère.
Elle me lança un regard d'avertissement, avant de sortir de la salle. Poussant un long soupir, je regardais Alec fermer la grande porte sur lui et ma soeur. Oui, il me connaissait parfaitement, il savait ce que je m'apprêtais à faire.
Posant à nouveau les yeux sur mon Père, je passais les doigts sur ses yeux pour les lui fermer, ne supportant plus de voir le reflet terne de ses deux yeux bleus, autrefois si vifs et attentifs. Et aussitôt, je tombai sur les genoux, ne supportant plus la vision de ce modèle à présent réduit à néant.
Je pouvais enfin m'effondrer, seul.

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MessageSujet: Re: Dies Irae ♣ Mer 18 Avr - 12:48

    [mode racaille]Azy la suite là... L'est où ?[/mode racaille]

    J'espère que j'ai le droit de poster hein, juste pour dire que j'aime beaucoup le début et que je suis impatiente de voir où ça va mener **
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MessageSujet: Re: Dies Irae ♣ Sam 19 Mai - 16:09

Bon, je poste une suite, toute petite certes mais bon... Histoire de vous donner un peu de grain à moudre. C'est même plus court qu'un RP, je m'en excuse xD

Aujourd'hui, je signais en bas du contrat qui me propulsait dans le monde adulte. Je m'apprêtais à enterrer mon père. Je m'apprêtais à devenir Roi. La boule qui m'enserrait la poitrine dans un étau était toujours là, depuis deux jours. Rien n'avait changé dans le château. L'ambiance était toujours silencieuse en ma présence, je ne disais plus mot. Les relations avec ma mère la Reine n'avait jamais été aussi mauvaise. Sa fierté mal placée l'empêchait d'accepter mon comportement.
Longtemps j'avais regardé le costume étalé sur mon lit, sans me résoudre à m'en vêtir. Cela aurait été comme donner mon accord pour cette journée de malheur, dire adieu à toute mon insouciance. Je songeais avec mélancolie à ce qu'était jusqu'alors mes journées. Les corvées qui les rythmaient allaient devenir mes seules occupations. Gouverner. Être constamment jugé par la cour.
Mais avant, je devais enterrer mon père. Deux jours de deuil étaient déjà passés, lentement. Deux nuits durant lesquels je n'avais pas dormi. Les cérémonies n'en finissaient plus, la musique, le brouhaha non plus. Au loin, j'entendais les discussions chevronnées des courtisans. Néanmoins, mon accès de colère les avaient rendus silencieux à ma présence. Sans doute s'étaient-ils habitués trop longtemps à la force tranquille de mon père.
Les pas discrets de ma sœur s'aventurèrent dans la chambre, incertains.
_ Mère réclame ta présence, Mordan.
Je poussai un soupir.
_ Mordan... soupira-t-elle en posant une main amicale sur mon bras. Cette journée te sera difficile, mais elle est la tienne.
_ Non,
la coupai-je, surement trop sèchement. Elle est à notre père, c'est la sienne. Je ne suis qu'un annexe, un événement partiel de la journée. Va dire à Mère que je suis presque prêt.
Elle acquiesça mais n'ajouta rien avant de sortir à nouveau de ma chambre. Et personne ne pouvait mieux savoir que moi combien elle aurait voulu répondre quelque chose. Poussant l'énième soupir de la journée, je finissais par me vêtir de ce costume ridicule, et particulièrement lourd. Une armure de métal, épais et résistant, aux ornements d'or et d'argent. Une cape, longue, rouge, vieillie par le soleil mais brillante par les fils d'or. Les articulations qui luisaient, graissées pour ne pas vieillir. L'épée, épaisse, imposante, à la « poignée » d'acier et de diamants. M'observant dans le miroir, je ne me reconnaissais pas, caché sous cet épais casque de fer. Ce n'était pas moi... Je n'étais que la misérable tunique de toile que je portais en dessous. Voilà tout ce qui me caractérisait. Je voulais déjà retrouver ma liberté alors que je n'y avais pas encore dit adieu.

J'entendais le bruit lourd de mes pas, raisonnant contre les murs de pierre de l'escalier. Le cliquetis de métal de mon épée contre ma ceinture rythmait mes pas. Les secondes étaient devenues des heures, alors que le soleil perçait par les vitraux du château. Mon soupir grave raisonna contre les murs, tandis que les discussions de la cour me parvenaient des jardins.
Au bas de l'escalier m'attendait Alex. Peu habitué à le voir dans ce costume noir et plutôt luxuriant que je lui avais offert, j'avais failli ne pas le reconnaître. Il me lança un regard compatissant alors que je baissais les épaules, devenant à nouveau le simple jeune homme qui a perdu son père.
_ Mordan, tu tiens le coup ? Me sourit Alex.
_ Ca va.
Je continuai d'un signe de tête vers les jardins, réadoptant alors la démarche droite et fière qui convient pour un futur souverain. Maintenant suivi par mon meilleur ami, j'entrais dans la grande salle. D'abord, mes yeux fatigués furent éblouis par le violent éclat qui fusaient des jardins, tandis que j'étais abasourdi par le brusque silence qui suivit mon entrée.
_ Enfin ! Nous vous attendions depuis des heures.
_ Mère, je vous serais gré d'arrêter les reproches. Vous allez vous asséchez la gorge que vous avez si sensible.
Elle me lança alors un regard courroucé plein d'avertissements avant de retourner à sa conversation mondaine. Je regardais autour de moi, maintenant habitué à la lumière vive de l'endroit. Les robes des femmes étaient sombres tandis que les costumes des hommes étaient tous d'un noir profond, absolu. Au milieu de cette rivière de mort, j'étais l'espoir étincelant, le seul à porter la lourde armure scintillante au soleil ; je me devais d'être l'espoir de ce pays. Et cela me pesait déjà...

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MessageSujet: Re: Dies Irae ♣

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